06/01/2026

Le changement de régime parfait : quand capturer vaut mieux que détruire

 Andrés Izarra, Pulso, 5/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Andrés Izzara (1969) est un journaliste chaviste vénézuélien qui a été deux fois ministre et a rompu avec Maduro en 2018, estimant que si Chávez avait un projet socialiste, Maduro misait sur un « projet néolibéral de droite ». Il vit en exil à Berlin. Nous publions cette traduction à titre purement informatif.

Aux premières heures du 3 janvier, Donald Trump a fait ce que beaucoup disaient qu’il ne pourrait pas faire sans en payer le prix fort : un changement de régime au Venezuela. Des hélicoptères Chinook transportant des forces Delta sont entrés à Caracas, ont enlevé Maduro et l’ont déposé quelques heures plus tard dans une cellule à Brooklyn. Le 5 janvier, il a été présenté à un juge fédéral, inculpé pour narco-terrorisme.


Les USA préparent la combinaison orange de Maduro, par Arcadio Esquivel, Costa-Rica, 4/12/2025


Un succès suspect tant il est impeccable

Pour emmener Noriega en 1989, les USA avaient dû raser El Chorrillo et tuer des milliers de personnes. L’opération avait pris près d’un mois. Où était l’armée « chaviste » ? Les collectifs armés ? La Milice bolivarienne ? Les roquettes russes ? La « guerre populaire prolongée » qu’ils promettaient ? « Ce n’est pas d’entrer qui est facile, c’est de sortir », fanfaronnaient-ils. Ils sont entrés, sont sortis et l’ont emmené sans la moindre résistance.

L’histoire devra élucider les détails de la négociation qui a ouvert les portes d’une prison fédérale de haute sécurité aux USA à Maduro et à sa femme. Le succès tactique n’est pas revenu qu’aux forces spéciales usaméricaines. Il revient à une trahison parfaitement exécutée.

Le triomphe stratégique

Cette opération redéfinit le « changement de régime » pour le XXIe siècle, à la lumière des bourbiers irakiens et afghans. Son triomphe stratégique est d’obtenir le contrôle effectif du Venezuela sans payer le prix de la reconstruction nationale (nation-building). Pas de reconstruction institutionnelle, pas de désarmement des milices, pas de création de nouvelles forces de sécurité. Pas d’occupation avec cent mille soldats pendant une décennie. Pas d’insurrection, pas de vide de pouvoir, pas de chaos à gérer.

Trump l’a dit sans détour : il s’agit de capturer des ressources, en commençant par le pétrole. La démocratie peut attendre.

Ce que Trump exécute aujourd’hui, avec la collaboration enthousiaste des Rodríguez [Delcy et son frère Jorge, ancien vice-président, ancien président de l’Assemblée et grand magouilleur, NdT], n’est pas une libération : c’est une appropriation néocoloniale. Il s’arroge, par la force pure, le droit de gouverner le pays. De décider qui commande et qui ne commande pas. D’ouvrir le sous-sol vénézuélien à ses compagnies pétrolières. D’administrer un pays de 31 millions d’habitants comme s’il s’agissait d’une concession.

S’il s’agissait d’une transition démocratique, si Delcy était le pont temporaire que certains imaginent, il y aurait des élections dans quelques mois, pas une période d’adaptation à l’occupation pétrolière usaméricaine.

Le changement de régime n’a pas eu lieu pour la démocratie vénézuélienne. Il a eu lieu pour le contrôle yankee.

Delcy n’est pas une Balaguer

Certains disent que Delcy serait une Balaguer : la continuiste qui prépare la transition démocratique. Elle ne l’est pas. Trujillo avait construit un régime personnaliste, il incarnait l’État. Quand on l’a tué, le vide était inévitable. Balaguer a servi d’amortisseur pendant l’organisation de la transition.

Le madurisme, c’est autre chose. Ce n’est pas un régime personnaliste, mais patrimonial : un réseau de militaires, de bureaucrates et d’hommes d’affaires qui a capturé l’État pour l’administrer comme un butin. Un régime ne se définit pas par les noms qui l’occupent ni par sa rhétorique. Il se définit par la façon dont le pouvoir fonctionne : à qui il doit allégeance, sous quelle pression il opère, quelles sont les limites de ce qu’il peut faire ou dire.

Pendant des années, le madurisme s’est légitimé, du moins dans le discours, par sa « résistance » aux USA. Ils pouvaient être corrompus, autoritaires ou incompétents, mais ils étaient « anti-impérialistes ». Cette fiction leur donnait une cohésion interne et un soutien politique. Cette fiction est terminée.

Aujourd’hui, Delcy Rodríguez est là où elle est parce que Trump l’y a mise. Elle doit son poste à Washington. Elle peut répéter des slogans, garder le cabinet, invoquer Chávez, même diriger la campagne « Free Maduro ». Mais la substance du régime a changé. De facto, c’est un pouvoir subordonné aux diktats usaméricains.

Le triomphe de Trump a été de sortir Maduro du siège du conducteur alors que la voiture roulait, et de s’y asseoir lui-même.

Quand le leader d’un régime personnaliste tombe, le système s’effondre. Il n’y a plus d’État sans lui. Quand le parrain d’une mafia tombe, la structure ne s’effondre pas : elle s’adapte. Elle cherche un nouveau patron. Elle négocie sa survie. Les allégeances ne sont ni idéologiques ni morales. Elles sont contractuelles. Ce qui importe, c’est de rester dans le business.

C’est pourquoi Trump a pu enlever le parrain sans démanteler la structure. Il n’a pas détruit l’appareil chaviste pour construire quelque chose de nouveau. Il l’a capturé et l’a mis à son service.

Voilà le changement de régime parfait. Non parce qu’il est moralement acceptable ou légalement justifiable, mais parce qu’il atteint l’objectif, le contrôle d’un pays, sans assumer les coûts qui ont englouti les USA en Irak et en Afghanistan.

Il n’y aura pas à expliquer pourquoi des soldats meurent à Caracas dans cinq ans. Ni à justifier des milliers de milliards de dollars en reconstruction. Il y aura du pétrole qui coulera, des contrats signés et un gouvernement local qui obéit sans que Washington ait à gouverner directement. C’est pourquoi c’est historique. Non pas à cause de l’opération militaire, mais à cause du modèle qu’elle inaugure :

Ne pas détruire les États. Les capturer.
Ne pas occuper des territoires. Contrôler les élites.
Ne pas construire des nations. Rediriger celles qui existent.

Et tout a fonctionné parce que le régime de Maduro n’était pas révolutionnaire, mais mafieux. Et les États mafieux, par leur nature même, sont transférables.

 

Loro hanno i martelli, noi siamo i chiodi: la “politica di difesa” europea ignora la sicurezza umana

Ben Cramer, 5/1/2026
Tradotto da Tlaxcala

Familiarizzatosi con la sociologia della Difesa all’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Ben Cramer si avvicinò alla polemologia, per poi unirsi al Department of Peace Studies a Bradford prima di fare le sue prime esperienze all’interno di Greenpeace nelle campagne per il disarmo. Ricercatore al CIRPES, ha lavorato sull’esercito di milizia svizzero – per conto della Fondation pour les Études de Défense Nationale. Giornalista, ex-produttore del programma ‘Fréquence Terre’ su RFI, co-conduce nel 2008 il primo dibattito al Parlamento Europeo sul tema ‘Sicurezza Collettiva e Ambiente’, dopo aver operato in un gruppo di riflessione sulla proliferazione nucleare all’interno del Centre d’Études et de Recherches de l’Enseignement Militaire, il CEREM. Ricercatore associato al GRIP a Bruxelles (sull’impronta delle attività militari e il cambiamento climatico), si sforza di popolarizzare il concetto di ‘sicurezza ecologica’ e di evidenziare i ponti tra sicurezza, ambiente e disarmo. Sitio web: https://athena21.org

Dobbiamo decostruire la logica del martello e del chiodo. Questa constatazione dovrebbe suscitare vocazioni ma, nel frattempo, mentre il pensiero strategico è in panne, la nozione di sicurezza non si è liberata dal giogo militare. E finché la priorità è data alle armi, al loro uso, alla loro sofisticazione, ogni distruzione, incluso l’“infanticidio differito” evocato dal padre della polemologia Gaston Bouthoul, si concluderà con l’accaparramento e lo stupro delle risorse planetarie. A queste tattiche di distruzione si aggiungeranno, nel quadro delle guerre ibride, operazioni volte a dissuadere i civili dal giocare il ruolo loro spettante nel definire ciò che la società dovrebbe difendere e come.


A titolo di spiegazione, sembra opportuno cogliere quanto le élite che ci governano siano intrappolate dalla tecnologia di cui si sono dotate. Essa determina le loro opzioni o, più precisamente, limita il loro margine di manovra, come illustra l’ordine del successore della portaerei Charles-de-Gaulle che rappresenta 42.000 tonnellate di ... gesticolazione diplomatica. L’annuncio di questo cantiere faraonico (e neanche europeo!) conferma la negazione in cui sprofondano coloro che rifiutano di realizzare che la modernizzazione a lungo termine della forza di attacco costituisce uno degli elementi più emblematici per fare dello Stato sovrano un agente di insicurezza suprema.

Ma come scriveva lo psicologo usamericano Abraham Maslow: “Se l’unico strumento a disposizione del potere è un martello, è tentante trattare tutto come se fosse un chiodo” (The Psychology of Science, 1966, una frase spesso attribuita a Mark Twain). Così, poiché coloro che ci governano hanno solo martelli a portata di mano, ogni situazione (simbolizzata da un chiodo) deve essere trattata con il “pugno duro”; ogni perturbatore è necessariamente un nemico destinato ad essere annientato. La formula può sembrare antiquata o superata nella misura in cui l’obiettivo delle guerre future consiste nel controllare e non nel far morire. Il nemico non è sempre quello che si ostenta.

Per assicurare una maggiore sicurezza, bisogna prima designare le minacce credibili e saper fissare le priorità. Eh sì, per parafrasare uno slogan della SNCF, una minaccia può nasconderne un’altra. In un mondo che ha perso ogni razionalità, in cui la maggior parte degli Stati spende di più per la sicurezza nazionale che per l’istruzione dei propri figli, gli indicatori sono inefficaci. Purtroppo, difendere la tesi secondo cui l’analfabetismo e/o la discalculia costituiscono una minaccia maggiore per l’umanità del terrorismo non è politicamente redditizio. Ecco perché alcuni fanno del sensazionalismo omettendo di dire che le vittime del terrorismo sono sei volte meno numerose del numero di morti ai passaggi a livello in Francia (dati 2020).

La distorsione tra percezione e realtà è un mezzo per rilevare l’istrumentalizzazione della minaccia. Ad esempio, la campagna mediatica condotta da Donald Trump, per insinuare che il coronavirus fosse una tattica premeditata da Pechino, non ha permesso di sottrarre centinaia di migliaia di cittadini usamericani alla morte. In ogni caso, alle minacce “fake” si aggiungono falsi allarmi e quindi, risposte inappropriate. Questo fenomeno non è riservato a un solo paese, fosse pure il più imperiale. Allora, che fare?

Zij hebben de hamers, wij zijn de spijkers: het Europees „defensiebeleid” negeert de menselijke veiligheid

Ben Cramer, 5/1/2026
Vertaald door Tlaxcala

Door zich te verdiepen in de sociologie van Defensie aan de École des Hautes Études en Sciences Sociales maakt Ben Cramer kennis met de polemologie, om zich vervolgens aan te sluiten bij de Department of Peace Studies in Bradford voordat hij zijn eerste ervaring opdoet binnen Greenpeace in ontwapeningscampagnes. Als onderzoeker bij CIRPES werkt hij aan het Zwitserse militiesysteem – in opdracht van de Fondation pour les Études de Défense Nationale. Journalist, voormalig producent van het programma ‘Fréquence Terre’ op RFI, co-moderert hij vanaf 2008 het eerste debat in het Europees Parlement over « Collectieve Veiligheid en Milieu »; na actief te zijn geweest in een denktank over nucleaire proliferatie binnen het Centre d‘Études et de Recherches de l‘Enseignement Militaire, het CEREM. Als geassocieerd onderzoeker bij GRIP in Brussel (over de ecologische voetafdruk van militaire activiteiten en klimaatverstoring) streeft hij ernaar het concept « ecologische veiligheid » te populariseren en de bruggen tussen veiligheid, milieu en ontwapening te benadrukken. Website : https://athena21.org

 

We moeten de logica van de hamer en de spijker deconstrueren. Deze vaststelling zou roepingen moeten wekken, maar ondertussen, terwijl het strategisch denken stagneert, heeft het veiligheidsbegrip zich niet bevrijd van het militaire keurslijf. En zolang prioriteit wordt gegeven aan wapens, hun gebruik, hun verfijning, zal elke vernietiging – inclusief de 'uitgestelde kindermoord' die de vader van de polemologie Gaston Bouthoul noemde – uitmonden in de toe-eigening en verkrachting van planetaire hulpbronnen. Aan deze vernietigingstactieken zullen, in het kader van hybride oorlogen, operaties worden toegevoegd die burgers moeten ontmoedigen om hun rol te spelen bij het definiëren van wat de samenleving verondersteld wordt te verdedigen en hoe.


Ter verklaring lijkt het verstandig te bevatten hoezeer de elites die ons besturen gevangen zitten in de technologie waarmee zij zich hebben uitgerust. Die bepaalt hun opties of, meer precies, beperkt hun manoeuvreerruimte, zoals geïllustreerd door de bestelling van een opvolger voor het vliegdekschip Charles-de-Gaulle dat 42.000 ton ... diplomatiek gebaar vertegenwoordigt. De aankondiging van dit megaproject (en niet eens Europees!) bevestigt de ontkenning waarin zij wegzinken die weigeren te beseffen dat de langetermijnmodernisering van de aanvalsmacht een van de meest emblemische elementen is om van de soevereine staat een agent van ultieme onveiligheid te maken.

Maar zoals de Amerikaanse psycholoog Abraham Maslow schreef: « Als het enige gereedschap dat je hebt een hamer is, is het verleidelijk alles te behandelen alsof het een spijker is. » (The Psychology of Science, 1966, een zin vaak ten onrechte toegeschreven aan Mark Twain). Omdat zij die ons besturen dus alleen hamers bij de hand hebben, moet elke situatie (gesymboliseerd door een spijker) worden behandeld met de "harde lijn"; elke verstoorder is noodzakelijkerwijs een vijand die vernietigd moet worden. De formule kan "achterhaald" of verouderd lijken voor zover het doel van toekomstige oorlogen controle is in plaats van doden. De vijand is niet altijd degene die men ophemelt.

Om grotere veiligheid te waarborgen, moeten eerst geloofwaardige bedreigingen worden geïdentificeerd en prioriteiten worden gesteld. Ja, om een SNCF-slogan te parafraseren: het ene gevaar kan het andere verbergen. In een wereld die alle rationaliteit heeft verloren, waarin de meeste staten meer uitgeven aan nationale veiligheid dan aan het onderwijs van hun kinderen, zijn indicatoren niet effectief. Helaas is het politiek niet rendabel om te beweren dat analfabetisme en/of dyscalculie een grotere bedreiging vormen voor de mensheid dan terrorisme. Daarom overdrijven sommigen en verzwijgen zij dat de slachtoffers van terrorisme zes keer minder talrijk zijn dan het aantal doden bij overwegen in Frankrijk (cijfers 2020).

De vervorming tussen perceptie en realiteit is een middel om de instrumentalisering van bedreigingen op te sporen. De door Donald Trump geleide mediacampagne, die insinueerde dat het coronavirus een vooropgezette tactiek van Peking was, heeft bijvoorbeeld niet kunnen voorkomen dat honderdduizenden Amerikaanse burgers stierven. In ieder geval komen bij de "valse" bedreigingen valse alarmen en dus ongepaste reacties. Dit fenomeen is niet voorbehouden aan één land, zelfs niet het meest imperiale. Dus wat te doen?

05/01/2026

Ellos tienen los martillos, nosotr@s somos los clavos: la “política de defensa” europea ignora la seguridad humana

Ben Cramer, 5-1-2026
Traducido por Tlaxcala

Al familiarizarse con la sociología de la Defensa en la École des Hautes Études en Sciences Sociales, Ben Cramer se inició en la polemología, para luego unirse al Department of Peace Studies en Bradford antes de hacer sus primeras armas dentro de Greenpeace en las campañas por el desarme. Investigador en el CIRPES, trabajó sobre el ejército de milicia suizo –por encargo de la Fondation pour les Études de Défense Nationale. Periodista, ex productor del programa ‘Fréquence Terre’ en RFI, copresentó en el 2008 el primer debate en el Parlamento Europeo sobre el tema “Seguridad Colectiva y Medio Ambiente”, después de haber actuado en un grupo de reflexión sobre la proliferación nuclear dentro del Centre d‘Études et de Recherches de l‘Enseignement Militaire, el CEREM. Investigador asociado al GRIP en Bruselas (sobre la huella de las actividades militares y la alteración climática), se esfuerza por popularizar el concepto de 'seguridad ecológica' y resaltar los puentes entre seguridad, medio ambiente y desarme. Sitio web: https://athena21.org/

Tenemos que deconstruir la lógica del martillo y el clavo. Esta constatación debería suscitar vocaciones pero, mientras tanto, mientras el pensamiento estratégico está estancado, la noción de seguridad no se ha liberado del corsé militar. Y mientras se dé prioridad a las armas, a su manejo, a su sofisticación, cualquier destrucción, incluido el “infanticidio diferido” que evocaba el padre de la polemología Gaston Bouthoul, se saldará con el acaparamiento y la violación de los recursos planetarios. A estas tácticas de destrucción se añadirán, en el marco de guerras híbridas, operaciones destinadas a disuadir a los civiles de jugar el papel que les incumbe en la definición de lo que la sociedad debe defender y cómo.


A modo de explicación, parece acertado captar cuánto las élites que nos gobiernan están atrapadas por la tecnología con la que se han dotado. Ésta determina sus opciones o, más exactamente, limita su margen de maniobra, como ilustra el encargo del sucesor del portaaviones Charles-de-Gaulle que representa 42.000 toneladas de ... gesticulación diplomática. El anuncio de este macroproyecto (¡ni siquiera europeo!) confirma la negación en la que se hunden quienes se niegan a darse cuenta de que la modernización a largo plazo de la fuerza de ataque constituye uno de los elementos más emblemáticos para convertir al Estado soberano en un agente de inseguridad suprema.

Pero he aquí, como escribía el psicólogo usamericano Abraham Maslow: “Si la única herramienta de la que dispone el poder es un martillo, es tentador tratar todo como si fuera un clavo” (The Psychology of Science, 1966, una frase a menudo atribuida a Mark Twain). Así, puesto que quienes nos gobiernan sólo tienen martillos a mano, toda situación (simbolizada por un clavo) debe ser tratada con la “mano dura”; todo perturbador es necesariamente un enemigo destinado a ser aniquilado. La fórmula puede parecer “pasada de moda” o obsoleta en la medida en que el objetivo de las guerras futuras consiste en controlar y no en hacer morir. El enemigo no es siempre el que se enarbola.

Para asegurar una mayor seguridad, primero hay que designar las amenazas creíbles y saber fijar las prioridades. Sí, para parafrasear un eslogan de la SNCF, una amenaza puede esconder otra. En un mundo que ha perdido toda racionalidad, en el que la mayoría de los Estados gastan más en seguridad nacional que en la educación de sus hijos, los indicadores son inoperantes. Desgraciadamente, defender la tesis de que el analfabetismo y/o la discalculia constituyen una amenaza mayor para la humanidad que el terrorismo no es rentable políticamente. Por eso algunos exageran y omiten decir que las víctimas del terrorismo son seis veces menos numerosas que el número de muertos en pasos a nivel en Francia (cifras de 2020).

La distorsión entre percepción y realidad es un medio para detectar la instrumentalización de la amenaza. Por ejemplo, la campaña mediática dirigida por Donald Trump, para insinuar que el coronavirus era una táctica premeditada por Pekín, no permitió sustraer a cientos de miles de ciudadanos usamericanos de la muerte. En todo caso, a las amenazas “fake” se suman falsas alarmas y, por tanto, respuestas inapropiadas. Este fenómeno no está reservado a un solo país, aunque sea el más imperial. Entonces, ¿qué hacer?

They have the hammers, we are the nails; European “defense policy” ignores human security

 Ben Cramer, 5/1/2026
Translated by Tlaxcala

By familiarizing himself with the sociology of Defense at the École des Hautes Études en Sciences Sociales, Ben Cramer gained an introduction to polemology, before joining the Department of Peace Studies at Bradford and then doing his first stint with Greenpeace in disarmament campaigns. As a researcher at CIRPES, he worked on the Swiss militia army—on behalf of the Fondation pour les Études de Défense Nationale. A journalist and former producer of the ‘Fréquence Terre’ program on RFI, he co-hosted the first debate in the European Parliament on ‘Collective Security and Environment’ in 2008; after having been involved in a think tank on nuclear proliferation within the Centre d‘Études et de Recherches de l‘Enseignement Militaire, the CEREM. As an associate researcher at GRIP in Brussels (on the footprint of military activities and climate disruption), he strives to popularize the concept of ‘ecological security’ and highlight the bridges between security, environment and disarmament. Website : athena21

 


We must deconstruct the logic of the hammer and the nail. This observation should spark vocations, but in the meantime, while strategic thinking is stalled, the notion of security has not freed itself from the military straitjacket. And as long as priority is given to weapons, their handling, their sophistication, any destruction, including the ‘deferred infanticide’ evoked by the father of polemology Gaston Bouthoul, will result in the appropriation and rape of planetary resources. To these tactics of destruction will be added, in the context of hybrid wars, operations aimed at dissuading civilians from playing the role incumbent upon them in defining what society is supposed to defend and how.

By way of explanation, it seems wise to grasp how much the elites that govern us are trapped by the technology they have acquired. It determines their options or, more precisely, limits their room for maneuver, as illustrated by the order for the successor to the aircraft carrier Charles-de-Gaulle, which represents 42,000 tons of ... diplomatic gesticulation. The announcement of this (not even European!) megaproject confirms the denial in which those who refuse to realize that the long-term modernization of the strike force is one of the most emblematic elements in making the sovereign state an agent of supreme insecurity.

But as the USAmerican psychologist Abraham Maslow wrote: “If the only tool you have is a hammer, it is tempting to treat everything as if it were a nail.” (The Psychology of Science, 1966, a phrase often misattributed to Mark Twain). Thus, since those who govern us only have hammers at hand, every situation (symbolized by a nail) must be treated with the “hard line”; every troublemaker is necessarily an enemy destined to be annihilated. The formula may seem “has-been” or obsolete insofar as the goal of future wars is to control rather than to kill. The enemy is not always the one we brandish.

To ensure greater security, credible threats must first be identified and priorities set. Yes, to paraphrase an SNCF slogan, one threat can hide another. In a world that has lost all rationality, in which most states spend more on national security than on educating their children, indicators are ineffective. Unfortunately, arguing that illiteracy and/or dyscalculia constitute a greater threat to humanity than terrorism is not politically profitable. That is why some exaggerate and omit to say that the victims of terrorism are six times fewer than the number of deaths at level crossings in France (2020 figures).

The distortion between perception and reality is a means of detecting the instrumentalization of threat. For example, the media campaign led by Donald Trump, insinuating that the coronavirus was a premeditated tactic by Beijing, did not prevent hundreds of thousands of USAmerican citizens from dying. In any case, to “fake” threats are added false alarms and thus inappropriate responses. This phenomenon is not reserved for a single country, even the most imperial one. So what to do?

De har hammarna, vi är spikarna: den europeiska ”försvarspolitiken” ignorerar mänsklig säkerhet

 Ben Cramer, 5/1/2026
Översatt av Tlaxcala

Genom att sätta sig in i försvarets sociologi vid École des Hautes Études en Sciences Sociales lärde sig Ben Cramer om polemologi, för att sedan gå med i Department of Peace Studies i Bradford innan han gjorde sina första praktiska erfarenheter inom Greenpeace i kampanjer för nedrustning. Som forskare vid CIRPES arbetade han om den schweiziska milisarmén – på uppdrag av Fondation pour les Études de Défense Nationale. Journalist och före detta producent av programmet ’Fréquence Terre’ på RFI, var han med och ledde den första debatten i Europaparlamentet 2008 om ’Kollektiv säkerhet och miljö’; efter att ha varit verksam i en tankesmedja om kärnvapenspridning inom Centre d‘Études et de Recherches de l‘Enseignement Militaire, CEREM. Som associerad forskare vid GRIP i Bryssel (om militära aktiviteters miljöpåverkan och klimatförändringar) strävar han efter att popularisera begreppet ”ekologisk säkerhet” och belysa broarna mellan säkerhet, miljö och nedrustning. Webbplats:https://athena21.org/

Vi måste dekonstruera hammarens och spikens logik. Denna iakttagelse borde väcka kallelser, men under tiden, medan det strategiska tänkandet är i stå, har säkerhetsbegreppet inte befriat sig från det militära tvångströjan. Och så länge prioritet ges åt vapen, deras hantering, deras sofistikering, kommer all förstörelse – inklusive det ’uppskjutna spädbarnsdödandet’ som polemologins fader Gaston Bouthoul kallade det – att sluta i tillägnandet och våldtäkten av planetens resurser. Till dessa förstörelsemetoder kommer i ramen för hybridkrig att läggas operationer som syftar till att avskräcka civilpersoner från att spela den roll som åligger dem i att definiera vad samhället ska försvara och hur.


Som förklaring verkar det klokt att förstå hur mycket de eliter som styr oss är fångade i den teknik de har försett sig med. Den bestämmer deras alternativ eller, mer exakt, begränsar deras handlingsutrymme, vilket illustreras av beställningen av en efterträdare till hangarfartyget Charles-de-Gaulle som representerar 42 000 ton … diplomatiska gester. Tillkännagivandet  av detta (inte ens europeiska!)  megabygge bekräftar förnekandet som de som vägrar inse att den långsiktiga moderniseringen av slagkraften är ett av de mest symboliska elementen för att göra den suveräna staten till en agent av yttersta osäkerhet.

Men som den usamerikanske psykologen Abraham Maslow skrev: ”Om det enda verktyg du har är en hammare, är det frestande att behandla allt som om det vore en spik” (The Psychology of Science, 1966, en fras ofta felaktigt tillskriven Mark Twain). Eftersom de som styr oss alltså bara har hammare till hands, måste varje situation (symboliserad av en spik) behandlas med den ”hårda linjen”; varje störande element är nödvändigtvis en fiende som är ämnad att förintas. Formeln kan verka ”gammalmodig” eller föråldrad i den mån målet med framtida krig är att kontrollera snarare än att döda. Fienden är inte alltid den man viftar med.

För att säkerställa större säkerhet måste först trovärdiga hot identifieras och prioriteringar fastställas. Ja, för att parafrasera ett SNCF-slogan: ett hot kan dölja ett annat. I en värld som har förlorat all rationalitet, där de flesta stater spenderar mer på nationell säkerhet än på sina barns utbildning, är indikatorerna ineffektiva. Tyvärr är det inte politiskt lönsamt att hävda att analfabetism och/eller dyskalkyli utgör ett större hot mot mänskligheten än terrorism. Därför överdriver vissa och utelämnar att offren för terrorism är sex gånger färre än antalet döda vid järnvägskorsningar i Frankrike (siffror från 2020).

Distorsionen mellan perception och verklighet är ett sätt att upptäcka instrumentaliseringen av hot. Till exempel lyckades mediakampanjen som leddes av Donald Trump, som antydde att coronaviruset var en förutövertänkt taktik från Beijing, inte hindra hundratusentals usamerikanska medborgare från att dö. I alla fall läggs till de ”falska” hoten falska larm och därmed olämpliga svar. Detta fenomen är inte reserverat för ett enda land, även det mest imperiala. Så vad ska man göra?

Sie haben die Hämmer, wir sind die Nägel: Die europäische „Verteidigungspolitik“ ignoriert die menschliche Sicherheit

Ben Cramer, 5.1.2026
Übersetzt von Tlaxcala

Durch die Vertiefung in die Soziologie der Verteidigung an der École des Hautes Études en Sciences Sociales eignete sich Ben Cramer Kenntnisse in Polemologie an, um anschließend am Department of Peace Studies in Bradford zu studieren, bevor er seine ersten Erfahrungen bei Greenpeace in den Kampagnen für Abrüstung sammelte. Als Forscher am CIRPES arbeitete er an der Schweizer Milizarmee – im Auftrag der Fondation pour les Études de Défense Nationale. Als Journalist und ehemaliger Produzent der Sendung „Fréquence Terre“ auf RFI moderierte er ab 2008 die erste Debatte im Europäischen Parlament zum Thema „Kollektive Sicherheit und Umwelt“; nachdem er bereits in einer Denkfabrik zur nuklearen Proliferation innerhalb des Centre d‘Études et de Recherches de l‘Enseignement Militaire, dem CEREM, tätig war. Als assoziierter Forscher beim GRIP in Brüssel (zum ökologischen Fußabdruck militärischer Aktivitäten und zum Klimawandel) bemüht er sich, das Konzept der „ökologischen Sicherheit“ zu popularisieren und die Brücken zwischen Sicherheit, Umwelt und Abrüstung hervorzuheben. Webseite: https://athena21.org/

Wir müssen die Logik von Hammer und Nagel dekonstruieren. Diese Feststellung sollte Berufungen wecken, aber in der Zwischenzeit, während strategisches Denken versagt, hat sich der Sicherheitsbegriff nicht aus dem militärischen Korsett befreit. Und solange Waffen, ihr Einsatz und ihre Weiterentwicklung Priorität genießen, wird jede Zerstörung – einschließlich des „verzögerten Kindstods“, wie es der Vater der Polemologie Gaston Bouthoul nannte – in der Aneignung und Vergewaltigung planetarer Ressourcen enden. Zu diesen Zerstörungstaktiken werden im Rahmen hybrider Kriege Operationen hinzukommen, die Zivilisten davon abhalten sollen, ihre Rolle bei der Definition dessen, was die Gesellschaft zu verteidigen hat und wie, wahrzunehmen.


Zur Erklärung scheint es sinnvoll zu erfassen, wie sehr die Eliten, die uns regieren, in der Technologie gefangen sind, mit der sie sich ausgestattet haben. Diese bestimmt ihre Optionen oder, genauer gesagt, schränkt ihren Handlungsspielraum ein, wie die Bestellung eines Nachfolgers für den Flugzeugträger Charles-de-Gaulle veranschaulicht, der 42.000 Tonnen … diplomatische Geste darstellt. Die Ankündigung dieses Megabaustellen-Projekts (und noch nicht einmal europäisch!) bestätigt die Verleugnung, in der jene versinken, die nicht erkennen wollen, dass die langfristige Modernisierung der Schlagkraft eines der symbolträchtigstenElemente ist, um den souveränen Staat zu einem Agenten der Unsicherheit schlechthin zu machen.

Doch wie der US-amerikanische Psychologe Abraham Maslow schrieb: „Wenn der einzige verfügbare Werkzeug ein Hammer ist, neigt man dazu, jedes Problem als Nagel zu behandeln.“ (The Psychology of Science, 1966, ein Satz oft fälschlich Mark Twain zugeschrieben). Da also jene, die uns regieren, nur Hämmer griffbereit haben, muss jede Situation (symbolisiert durch einen Nagel) mit der „harten Tour“ angegangen werden; jeder Störer ist zwangsläufig ein Feind, der vernichtet werden soll. Die Formel mag „von gestern“ oder überholt erscheinen, da das Ziel künftiger Kriege eher in der Kontrolle als im Töten liegt. Der Feind ist nicht immer der, den man propagiert.

Um größere Sicherheit zu gewährleisten, müssen zunächst glaubwürdige Bedrohungen benannt und Prioritäten gesetzt werden. Ja, um einen Slogan der SNCF zu paraphrasieren: Eine Bedrohung kann eine andere verbergen. In einer Welt, die alle Rationalität verloren hat, in der die meisten Staaten mehr für nationale Sicherheit als für die Bildung ihrer Kinder ausgeben, versagen die Indikatoren. Leider ist es politisch nicht gewinnbringend, die These zu vertreten, dass Analphabetismus und/oder Rechenschwäche eine größere Bedrohung für die Menschheit darstellen als der Terrorismus. Deshalb übertreiben manche und verschweigen, dass die Opfer des Terrorismus sechsmal weniger zahlreich sind als die Toten an Bahnübergängen in Frankreich (Zahlen von 2020).

Die Kluft zwischen Wahrnehmung und Realität ist ein Mittel, um die Instrumentalisierung von Bedrohungen aufzudecken. Beispielsweise hat die Medienkampagne von Donald Trump, die andeutete, das Coronavirus sei eine vorsätzliche Taktik Pekings, nicht verhindern können, dass Hunderttausende US-Bürger starben. Jedenfalls gesellen sich zu den „falschen“ Bedrohungen auch falsche Alarme und somit unangemessene Reaktionen. Dieses Phänomen ist nicht auf ein einzelnes Land beschränkt, selbst wenn es das Imperialste ist. Was also tun?

Ils ont les marteaux, nous sommes les clous : la “politique de défense” européenne ignore la sécurité humaine

 Ben Cramer, 5/1/2026

En se familiarisant avec la sociologie de la Défense à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales, Ben Cramer s’initie à la polémologie, pour rejoindre à Bradford le Department of Peace Studies avant de faire ses premières classes au sein de Greenpeace dans les campagnes pour le désarmement. Chercheur au CIRPES, il planche sur l'armée de milice suisse –pour le compte de la Fondation pour les Études de Défense Nationale. Journaliste, ex-producteur de l'émission ‘Fréquence Terre’ sur RFI, il co-anime dès 2008 le premier débat au Parlement Européen sur le thème de ‘Sécurité Collective et Environnement’ ; après avoir sévi dans un groupe de réflexion sur la prolifération nucléaire au sein du Centre d'Etudes et de Recherches de l'Enseignement Militaire, le CEREM. Chercheur associé au GRIP à Bruxelles, (sur l’empreinte des activités militaires et le dérèglement climatique), il s'évertue à populariser le concept de ‘sécurité écologique’ et souligner les passerelles entre sécurité, environnement et désarme­ment. Son site ouèbe : https://athena21.org/

Il nous faut déconstruire la logique du marteau et du clou. Ce constat devrait susciter des vocations mais, dans l’intervalle, alors que la pensée stratégique est en panne, la notion de sécurité ne s‘est pas libérée du carcan militaire. Et tant que la priorité est accordée aux armes, à leur maniement, à leur sophistication, toute destruction y compris ‘l’infanticide différé’ qu’évoquait le père de la polémologie Gaston Bouthoul, se soldera par l’accaparement et le viol des ressources planétaires. À ces tactiques de destruction viendront s’additionner, dans le cadre de guerres hybrides, des opérations visant à dissuader les civils de jouer le rôle qui leur incombe dans la définition de ce que la société est censée défendre et comment.


En guise d’explication, il apparaît judicieux de capter combien les élites qui nous gouvernent sont piégées par la technologie dont elles se sont dotées. Celle-ci détermine leurs options ou, plus exactement, limitent leur marge de manœuvre, comme l’illustre la commande du successeur d’un porte-avions Charles de Gaulle qui représente 42.000 tonnes de …gesticulation diplomatique. L’annonce de ce chantier mégalo (et même pas européen !) confirme le déni dans lequel plongent ceux qui refusent de réaliser que la modernisation au long cours de la force de frappe constitue l’un des éléments les plus emblématiques pour faire de l’État souverain un agent d’insécurité suprême.

Mais voilà, comme l’écrivait le psychologue américain Abraham Maslow : « Si le seul outil à la disposition du pouvoir est un marteau, il est tentant de tout traiter comme si c’était un clou ». (The Psychology of Science, 1966, une phrase souvent attribuée à Mark Twain). Ainsi, puisque ceux qui nous gouvernent ne disposent que de marteaux à portée de main, toute situation (symbolisée par un clou) doit être traitée par la « manière forte » ; tout perturbateur est forcément un ennemi destiné à être anéanti. La formule peut paraître « has been » ou caduque dans la mesure où le but des guerres à venir consiste à contrôler et non pas à faire mourir.  L’ennemi n’est pas toujours celui qu’on brandit.

Pour assurer une plus grande sécurité, encore faut-il désigner les menaces crédibles et savoir fixer les priorités. Eh oui, pour paraphraser un slogan de la SNCF, une menace peut en cacher une autre. Dans un monde qui a perdu toute rationalité, dans lequel la plupart des États dépensent davantage pour la sécurité nationale que pour l'enseignement de leurs enfants, les indicateurs sont inopérants. Hélas, défendre la thèse selon laquelle l’analphabétisme et/ou la dyscalculie constituent une plus grande menace pour l’humanité que le terrorisme n’est pas rentable politiquement. C’est pourquoi certains font de la surenchère en omettant de dire que les victimes du terrorisme sont six fois moins nombreuses que le nombre de morts aux passages à niveau en France (chiffres de 2020).

La distorsion entre perception et réalité est un moyen de détecter l’instrumentalisation de la menace. À titre d’exemple, la campagne médiatique menée par Donald Trump, pour insinuer que le coronavirus était une tactique préméditée par Pékin, n’a pas permis de soustraire des centaines de milliers de citoyens américains à la mort. En tout cas, aux « fake » menaces viennent se greffer de fausses alertes et donc, des ripostes inappropriées. Ce phénomène n’est pas réservé à un seul pays, fût-il le plus impérial. Alors, que faire ?

04/01/2026

Les Iranien·nes et l’Euromanie comme pathologie collective
Une analyse critique de la situation par Mostafa Ghahremani


Le Dr Mostafa Ghahremani est arrivé en Allemagne après la révolution iranienne de 1979 et a étudié la médecine et la dentisterie à Francfort. Il exerce aujourd'hui comme chirurgien plasticien et esthétique dans une clinique privée. Militant social, il suit de près l'évolution politique en Iran depuis de nombreuses années. Il est l'auteur d'une monographie sur Sadegh Ghotbzadeh, figure clé mais méconnue de la révolution iranienne, éphémère ministre des Affaires étrangères, condamné à mort et exécuté en 1982.

 

La manière dont nous, Iranien·nes, abordons la culture et la civilisation occidentales présente des traits clairement morbides, voire pathologiques. Il s’agit d’une rencontre qui ne repose pas sur une connaissance critique et historique, mais sur une forme de fascination, de passivité et d’acceptation immédiate et non filtrée. Pour cette raison, je préfère — contrairement à l’écrivain et critique culturel Jalal Al-e Ahmad, qui a qualifié cet état au début des années 1960 d’« Occidentose » (gharbzadegi غرب‌زدگی) — le terme d’Euromanie. Ce terme provient de la littérature spécialisée en psychiatrie et renvoie plus précisément à un attachement excessif ainsi qu’à un trouble du jugement.


Selon moi, l’Euromanie dans la société iranienne peut être caractérisée par trois traits principaux :

  • un attachement excessif,
  • une admiration non critique,
  • un état quasi compulsif

qui rend toute distanciation épistémique impossible.

Plus de deux siècles se sont écoulés depuis nos premières rencontres avec l’Occident, mais ces rencontres n’ont jamais conduit à une compréhension profonde de la logique interne, des mécanismes de pouvoir et des fondements épistémologiques de la civilisation occidentale. L’Occident n’a pas été perçu comme une totalité historique multiforme et contradictoire, mais principalement comme un ensemble de réalisations achevées, d’institutions et de modèles consommables. Dans ce cadre, le lien interne entre savoir, pouvoir, institution et sujet dans la modernité occidentale est notamment resté ignoré. En conséquence, notre connaissance de l’Occident s’est largement limitée à ses manifestations et à ses mécanismes fonctionnels externes, et est restée aveugle à une analyse historique de la production de la « vérité », de la « rationalité » et de la « normativité » au sein de cette civilisation. L’Occident est apparu dans notre pensée davantage comme un modèle neutre et universel que comme un projet historique spécifique, né d’une intrication étroite avec les rapports de domination, les processus de discipline et la reproduction du pouvoir.

Même d’importants intellectuels iraniens contemporains, ainsi que des penseurs religieux et laïques réformateurs, n’ont pas été épargnés par cette limitation épistémologique. Leurs séjours généralement assez courts en Occident, souvent sans accès profond à ses traditions philosophiques, historiques et critiques, n’ont pas permis une compréhension structurelle et fondamentale de la modernité occidentale. Ainsi, une part essentielle de leur rapport à l’Occident reposait moins sur une critique immanente de la tradition moderne que sur des perceptions sélectives et partiellement idéalisées.

Malheureusement, ces interprétations, en raison du rôle avant-gardiste de ces penseurs dans le champ intellectuel iranien, sont elles-mêmes devenues un facteur déterminant dans la propagation de l’Euromanie au sein des classes moyennes urbaines. Ces couches sociales ont progressivement cessé de considérer l’Occident comme un objet de connaissance critique, pour en faire l’étalon ultime de la rationalité, du progrès et même de la vertu. Le résultat de cette attitude a été la persistance d’un état dans lequel la société iranienne, dans les domaines politique, économique et culturel, est restée exposée à une forme d’hégémonie occidentale tant douce que dure.

Cette domination destructrice s’est manifestée d’une part dans la soumission des structures étatiques et dans la facilitation de l’exploitation des ressources naturelles et économiques du pays ; d’autre part, elle a conduit, par le recrutement et l’intégration des élites intellectuelles et scientifiques iraniennes dans les institutions occidentales — dans le contexte de la migration et de la fuite des cerveaux — à la reproduction de l’inégalité épistémique.

En outre, l’imposition des modes de vie et des schémas de pensée occidentaux comme seules formes d’existence légitimes et rationnelles a entraîné une aliénation des élites vis-à-vis de leurs propres contextes sociaux et historiques et a renforcé une auto-aliénation structurelle.

La conséquence de ce processus a été l’incapacité des élites à apporter des réponses efficaces aux problèmes réels de la société, ainsi que l’échec répété des projets de réforme, de développement et d’émancipation ; car ces projets étaient généralement conçus sur la base d’une rationalité et d’une moralité qui ne découlaient pas du contexte historique et culturel de la société iranienne.

Du point de vue du soussigné — qui a vécu, étudié et travaillé à des niveaux professionnels très élevés dans l’une des sociétés occidentales les plus centrales pendant plus de quatre décennies — la voie pour libérer l’Iran de son état de dépendance et d’hégémonie généralisées ne réside aujourd’hui ni dans un rejet simplificateur de l’Occident ni dans son adoption non critique, mais dans le dépassement conscient et critique du phénomène de l’Euromanie.

Dans ce contexte, l’établissement et le développement des études occidentales (occidentalisme) en tant que discipline critique et historique du savoir — en tension mais aussi en correspondance avec l’orientalisme — apparaît comme une nécessité absolue. Une telle recherche sur l’Occident peut rendre visibles les fondements philosophiques et épistémologiques ainsi que les mécanismes internes de la civilisation moderne, son rapport au pouvoir, à l’éthique, à la rationalité et à la tradition, et empêcher que l’Occident ne soit réduit à un modèle universel et sans alternative. Conçu correctement, ce savoir peut contribuer à retrouver la confiance épistémique, à renouveler la certitude collective et à former une rationalité critique et autochtone.

L’ascension de l’Iran sur la voie de la liberté, de l’indépendance, de l’autodétermination stratégique et du développement durable ne sera pas possible sans surmonter cette pathologie collective qu’est l’Euromanie.

L@s iraníes y la Euromanía como patología colectiva
Un análisis crítico de la situación por Mostafa Ghahremani

 

El Dr. Mostafa Ghahremani llegó a Alemania tras la revolución iraní de 1979 y estudió medicina y odontología en Fráncfort. Actualmente ejerce como cirujano plástico y estético en una clínica privada. Activista social, sigue de cerca la evolución política en Irán desde hace muchos años. Es autor de una monografía sobre Sadegh Ghotbzadeh, figura clave pero poco conocida de la revolución iraní, efímero ministro de Asuntos Exteriores, condenado a muerte y ejecutado en 1982.

La manera en que nosotr@s, l@s iraníes, nos encontramos con la cultura y la civilización occidentales presenta rasgos claramente mórbidos, incluso patológicos. Se trata de un encuentro que no se basa en un conocimiento crítico e histórico, sino en una forma de fascinación, pasividad y aceptación inmediata y no filtrada. Por esta razón, prefiero — a diferencia del escritor y crítico cultural Jalal Al-e Ahmad, quien denominó esta condición a principios de la década de 1960 como “obsesión occidental” ((gharbzadegi غرب‌زدگی) — el término Euromanía (غرب‌شیفتگی gharbshiftegi). Este término proviene de la literatura especializada en psiquiatría y se refiere con mayor precisión a un apego excesivo, así como a un trastorno del juicio.



Según mi punto de vista, la Euromanía en la sociedad iraní puede caracterizarse por tres rasgos centrales:

  • un apego excesivo,
  • una admiración acrítica,
  • un estado cuasi compulsivo

que hace imposible cualquier distanciamiento epistémico.
Han pasado más de dos siglos desde nuestros primeros encuentros con Occidente, pero estos encuentros nunca han conducido a una comprensión profunda de la lógica interna, los mecanismos de poder y los fundamentos epistemológicos de la civilización occidental. Occidente no fue percibido como una totalidad histórica multifacética y contradictoria, sino predominantemente como un conjunto de logros terminados, instituciones y modelos consumibles. En este marco, la conexión interna entre saber, poder, institución y sujeto en la modernidad occidental, en particular, pasó desapercibida. En consecuencia, nuestro conocimiento de Occidente se agotó en gran medida en sus manifestaciones y mecanismos funcionales externos y permaneció ciego a un análisis histórico de la producción de “verdad”, “racionalidad” y “normatividad” dentro de esta civilización. Occidente apareció en nuestro pensamiento más como un modelo neutro y universal que como un proyecto histórico específico, surgido de una estrecha interrelación con relaciones de dominación, procesos de disciplinamiento y la reproducción del poder.

Incluso importantes intelectuales iraníes contemporáneos, así como pensadores religiosos y laicos reformistas, no se salvaron de esta limitación epistemológica. Sus estancias generalmente bastante cortas en Occidente, a menudo sin un acceso profundo a sus tradiciones filosóficas, históricas y críticas, no permitieron una comprensión estructural y fundamental de la modernidad occidental. Por lo tanto, una parte esencial de su relación con Occidente se basó menos en una crítica inmanente de la tradición moderna y más en percepciones selectivas y parcialmente idealizadas.

Lamentablemente, debido al papel de vanguardia de estos pensadores en el campo intelectual iraní, estas interpretaciones se convirtieron en un factor decisivo en la propagación de la Euromanía entre las clases medias urbanas. Estos estratos gradualmente comenzaron a considerar a Occidente ya no como un objeto de conocimiento crítico, sino como el estándar último de racionalidad, progreso e incluso virtud. El resultado de esta actitud fue la persistencia de una condición en la que la sociedad iraní, en los ámbitos político, económico y cultural, permaneció expuesta a una forma de hegemonía occidental tanto blanda como dura.

Esta dominación destructiva se manifestó, por un lado, en la sumisión de las estructuras estatales y en la facilitación de la explotación de los recursos naturales y económicos del país; por otro lado, condujo, a través del reclutamiento e integración de las élites intelectuales y científicas iraníes en instituciones occidentales — en el contexto de la migración y la fuga de cerebros — a la reproducción de la desigualdad epistémica.

Además, la imposición de los estilos de vida y los modelos de pensamiento occidentales como únicas formas de existencia legítimas y racionales causó una alienación de las élites respecto de sus propios contextos sociales e históricos y reforzó una autoalienación estructural.

La consecuencia de este proceso fue la incapacidad de las élites para proporcionar respuestas efectivas a los problemas reales de la sociedad, así como el fracaso repetido de los proyectos de reforma, desarrollo y emancipación; porque estos proyectos fueron concebidos principalmente sobre la base de una racionalidad y moralidad que no surgieron del contexto histórico y cultural de la sociedad iraní.

Desde la perspectiva del autor — que ha vivido, estudiado y trabajado en los niveles profesionales más altos en una de las sociedades occidentales más centrales durante más de cuatro décadas — el camino para liberar a Irán de su estado de dependencia y hegemonía generalizadas hoy no reside ni en un rechazo simplificador de Occidente ni en su adopción acrítica, sino en la superación consciente y crítica del fenómeno de la Euromanía.

En este contexto, el establecimiento y desarrollo de los estudios occidentales (Occidentalismo) como una disciplina crítica e histórica del saber — en tensión y a la vez en correspondencia con el Orientalismo — aparece como una necesidad indispensable. Tal investigación sobre Occidente puede revelar los fundamentos filosóficos y epistemológicos, así como los mecanismos internos de la civilización moderna, su relación con el poder, la ética, la racionalidad y la tradición, y evitar que Occidente sea reducido a un modelo universal y sin alternativas. Concebido correctamente, este saber puede contribuir a recuperar la confianza epistémica, renovar la certeza colectiva y formar una racionalidad crítica e indígena.

El ascenso de Irán en el camino hacia la libertad, la independencia, la autodeterminación estratégica y el desarrollo sostenible no será posible sin superar esta patología colectiva que es la Euromanía.